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Égalité made in Morocco

Chaque année, à pareille date, le 8 mars se transforme en carnaval numérique. Une avalanche de publications, de citations détournées et de déclarations calibrées s’abat sur les réseaux sociaux. On like, on commente, on célèbre la femme comme on célèbre une story : vite, bien, et surtout sans déranger. C’est comme si, l’espace d’un jour, le monde s’arrêtait de tourner, suspendu à des hashtags vertueux pendant que l’actualité, la vraie, attend sagement son tour sur le banc de touche. Moi, simple internaute passif en quête d’un peu de distraction, je faisais mon zapping habituel du fil d’actualité. Et là, entre deux photos de bouquets et un énième « power women », une publication m’accroche. D’abord parce que son auteure a ce rare talent du mot juste, celui qui dit tout sans bavardage ni prétention. Ensuite, parce qu’un mot, un seul, réveilla en moi un souvenir d’il y a vingt ans. Le message disait : « Wliya tu es, wliya tu le resteras. Le message du 9 mars ! » Une phrase simple,...

La colloquité ou l’art de brasser de l’air à l’université

J'étais en train de scroller sur mon fil d'actualité l'autre soir et je suis tombé sur la publication d'un ami très cher. Il y parlait de cette fameuse colloquité. Ce nouveau concept à la mode dans nos facultés, c'est l'équivalent académique du simple papotage. Cette fâcheuse manie d'organiser des colloques uniquement pour le plaisir de les organiser. La lecture de ce texte m'a piqué au vif parce que ce que je condamne depuis des années, c'est précisément cette dérive. Cela vide l'université de sa substance. Il suffit de consulter les sites d'appels à communication pour comprendre les dégâts. On y croise inlassablement les mêmes titres pompeux et les mêmes noms reviennent toujours. J'ai la conviction que les comités scientifiques ne lisent absolument rien des propositions envoyées. Le jeu est faussé à la base. Les places étant distribuées aux connaissances bien avant la publication de l'annonce, on se demande vraiment à quoi sert cett...

Quand on ne se rend compte de la valeur des êtres ... ! _ Lettre d'une inconnue, Stefan Zweig, 1922

  Il est des œuvres qui vous saisissent à la gorge dès la première phrase pour ne desserrer leur étreinte qu'une fois la dernière page tournée, et cette Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig, publiée originellement en 1922 et que l'on redécouvre ici dans la traduction de Mathilde Lefebvre aux éditions Gallimard, est assurément de cette trempe-là. Tout commence dans la légèreté trompeuse d'une vie viennoise insouciante, celle du célèbre romancier R... qui rentre chez lui après « trois jours d’excursion revigorante à la montagne », le jour de son quarante et unième anniversaire, mais ce décor confortable vole en éclats dès l'instant où il déchire l'enveloppe d'une lettre massive, sans adresse d’expéditeur, qui gît sur son plateau à courrier avec pour seul en-tête cette phrase : « À toi qui ne m’as jamais connue ». À partir de cette seconde précise, l'homme s'efface, le narrateur cède sa place, et c'est elle, l'Inconnue, qui confisque la parole ave...